← Aït Benhaddou, le magnifique ksar de terre niché près de Ouarzazate, au Maroc Guide d'Aït Benhaddou

UNE HISTOIRE DE ROUTE COMMERCIALE

La Route des Caravanes : L’histoire du commerce transsaharien à Aït Benhaddou

Le sel, l’or et les esclaves transitaient autrefois par cette vallée vers Marrakech — découvrez comment la position d’Aït Benhaddou sur l’ancienne route des caravanes l’a façonnée, et qui en détenait le contrôle.

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La route entre le Sahara et Marrakech

Du VIIIe au XVIIe siècle environ, les caravanes transsahariennes transportaient sel, or, ivoire, plumes d'autruche et esclaves depuis l'Afrique subsaharienne vers les marchés de Marrakech, rapportant en échange produits manufacturés et textiles. L'une des routes septentrionales traversait la vallée du Draa puis le Haut Atlas, le long de vallées jalonnées d'oasis de palmiers et de villages fortifiés — les ksour — qui offraient aux caravanes abri, eau et protection contre les pillards. Aït Benhaddou s'est développée comme l'une de ces étapes, sur l'oued Ounila, à une courte marche du col menant à la plaine de Marrakech.

Une forteresse, pas seulement une étape

Un ksar fortifié sur une route caravanière n'était pas qu'une simple halte — c'était une question de sécurité et de pouvoir. Les communautés riveraines pouvaient offrir aux caravanes un passage sûr, de la nourriture et de l'eau en échange de péages ou de commerce, et un ksar bien défendu comme Aït Benhaddou, avec son grenier et ses remparts, pouvait tenir tête aux raids ou aux saisons de disette, là où un village ouvert n'aurait pas survécu. Son plan resserré et défensif, ainsi que sa position gardant l'approche des montagnes, découlent directement de ce rôle de forteresse caravanière, bien plus que d'un simple établissement agricole.

Le Glaoui et le col

Dès le XIXe siècle, le puissant clan Glaoui, établi dans sa kasbah de Telouet, toute proche, dominait le commerce qui transitait par cette portion de l'Atlas — sel, olives et safran entre autres — et contrôlait en pratique qui franchissait le col, et à quelles conditions. Leur influence atteignit son apogée avec Thami El Glaoui, pacha de Marrakech de 1912 à 1956, l'une des figures les plus puissantes — et les plus controversées — du Maroc sous protectorat français. La kasbah de Telouet, aujourd'hui en partie en ruine mais toujours ouverte aux visiteurs, est parfois associée à Aït Benhaddou lors des excursions d'une journée plus longues, comme les deux faces d'une même histoire régionale.

Ancien sentier, nouvelle route

L'ancienne route caravanière serpentait à travers la vallée de l'Ounila et franchissait le col dit Tizi n'Telouet, passant non loin de la kasbah des Glaoui. En 1936, les ingénieurs coloniaux français tracèrent une route plus directe — l'actuelle route du col du Tizi n'Tichka — le long d'une grande partie du même corridor, contournant Telouet au profit d'un itinéraire plus rapide vers Ouarzazate. Il reste possible de quitter la route moderne pour emprunter l'ancienne voie, plus lente, qui traverse Telouet et la vallée de l'Ounila, en suivant à peu près le chemin qu'empruntaient jadis les caravanes. Pour la plupart des visiteurs d'aujourd'hui, la différence passe inaperçue, car les véhicules touristiques prennent simplement la route moderne plus rapide — mais l'ancien tracé demeure là, pour qui veut voir le terrain que les caravanes foulèrent réellement.

Pourquoi le commerce — et le ksar — ont décliné

Le commerce caravanier transsaharien a décliné à partir du XVIIe siècle, concurrencé par les routes maritimes européennes contournant l'Afrique qui transportaient les mêmes marchandises par voie de mer, et il n'a jamais vraiment retrouvé son volume d'antan. Sans le trafic caravanier qui justifiait un poste fortifié, le rôle d'Aït Benhaddou s'est estompé, et au fil du XXe siècle, à mesure que les routes modernes et des matériaux de construction plus faciles arrivaient, la majeure partie de sa population a progressivement déménagé de l'autre côté de la rivière, vers un village moderne plus pratique — laissant l'ancien ksar en grande partie comme un monument à la route qu'il gardait autrefois.

Que reste-t-il à voir aujourd'hui ?

Cette histoire explique pourquoi Aït Benhaddou a cette apparence : un ensemble fortifié, compact, conçu pour la défense et le stockage collectif, loin du confort moderne. Lors d’une excursion d’une journée, les guides présentent généralement ce ksar comme une halte sur une route séculaire, bien plus qu’une simple ruine pittoresque — et en le combinant avec la kasbah délabrée des Glaoui à Telouet, accessible par l’ancienne vallée de l’Ounila, on complète le récit de cette route marchande pour les voyageurs qui ont le temps. Rien n’exige de lecture préalable ni de connaissances spécialisées pour apprécier l’ensemble : les remparts, le grenier et le passage de la rivière racontent l’essentiel d’eux-mêmes, le guide se chargeant d’ajouter les noms et les dates.

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